Un film de Patrice Toye.
Avec Franck Vercruyssen, Sara de Roo, Muzaffer Özdemir, Nicholas Beveney.

(n)iemand

Long-métrage de fiction - Couleur - 35 mm - 2008 - 96'

Synopsis

Tomas a la quarantaine. Il mène une vie agréable, d’apparence tout à fait normale. Sa femme Sara est belle, gentille, et appréciée de tous. Ils ont un job confortable et habitent une jolie maison dans la banlieue d’une ville belge. Mais cela fait des années que Tomas caresse le rêve secret de tout abandonner et de disparaître de sa vie pour une réalité nouvelle quoique indéfinie. Ses fantasmes secrets mettent de la couleur et du piment dans son existence par ailleurs monotone. Il est temps d’agir, et un beau jour de printemps, il réussit à piéger tout le monde en se faisant passer pour mort. Cependant, une fois disparu pour de bon, il réalise que son rêve n’allait pas plus loin. Et il n’a pas la moindre idée de ce qu’il pourrait faire ou devenir.
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Note d'intention du réalisateur

Avez-vous jamais ressenti le désir de commencer une nouvelle vie? Avez-vous jamais songé à la possibilité de disparaître de la surface de la terre, sans laisser de trace? Moi oui, et sans doute bon nombre d’entre nous.
Parfois je jette un coup d’oeil derrière moi, sur ma vie et sur toutes les décisions que j’ai prises, tous les choix que j’ai faits. Et comme chacun je me demande: ”Alors, ce n’est que ça?” Est-ce que ce ne serait pas mieux si toutes les options étaient encore ouvertes, comme lorsque nous étions jeunes? (N)iemand traite de cette question cruciale.
Un homme plongé dans une profonde dépression, une crise existentielle, rêve d’être quelqu’un d’autre. Il décide de tenter sa chance et de commencer une vie nouvelle. Mais quoi qu’il fasse, il n’arrive pas à se fuir lui-même. Il comprend alors que son rêve n’était qu’une chimère. Pour trouver la sérénité, il se met en quête de réponses. Mais si jamais il y a eu des réponses, elles se sont perdues lorsqu’il a dit adieu à son ancienne  vie.
(N)iemand est une méditation qui creuse la question de la fragilité humaine et de la quête d’identité, l’histoire mystérieuse et passionnante d’une romance existentielle.
Après Rosie, drame réaliste et très émotionnel, je voulais explorer de nouvelles frontières narratives. Les films de Michelangelo Antonioni m’ont fourni une précieuse source d’inspiration. C’est chez lui que j’ai vu à quel point l’être humain peut être seul et isolé, et j’admire la manière unique qu’il a de montrer cela. Mon personnage principal n’est pas en état d’exprimer ses pensées et ses doutes. Il n’a pas de liens affectifs avec le monde extérieur.
Je me suis consciemment efforcée d’éviter un style de narration réaliste et traditionnel en mettant l’accent sur l’étude de caractère, l’imagination visuelle poétique et la métaphore.
La vie regorge de questions qui trouvent rarement une réponse. Le comportement humain est souvent imprévisible et guidé par des motivations individuelles difficiles à cerner. Le silence, l’isolement, la distance, le vide sont des caractéristiques essentielles de l’existence qui apparaissent toutes dans la fable de Tomas, le personnage principal.
Cette histoire vit une existence propre, a une structure propre. Essayer d’expliquer détruirait le mystère. Soyez simplement du voyage.

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Interview

Entretien avec Patrice TOYE.

Un long intervalle sépare Rosie de (N)iemand. Est-ce pour des raisons de production, ou désiriez-vous consciemment prendre un peu de recul, vivre une sorte de processus de maturation?
J’ai surtout vécu, j’ai eu deux filles avec lesquelles j’ai voulu passer beaucoup de temps, j’ai dû faire des choix, j’ai beaucoup appris et j’espère donc avoir acquis un peu plus de sagesse (rires). Entre-temps j’ai quand même réalisé de plus petits projets.
Mais il n’y a évidemment pas que ça : Rosie a été accueilli avec enthousiasme à l’époque et je craignais la compétition avec mon propre film. Je ne voulais pas me répéter, je me suis jetée sur divers projets desquels ont découlé deux scénarios dignes de ce nom, mais au bout du compte ils ne se sont pas concrétisés. C’est alors que j’ai rencontré Bjørn Olaf Johanessen à un workshop consacré au scénario. Sa vision et ses idées me posaient suffisamment de défis pour avoir envie d’écrire un scénario avec lui. C’est de là qu’est issu (N)iemand. Nous avons eu la surprise de gagner, à Sundance, le Prix NHK pour l’Europe. Et tout s’est accéléré. Il s’est trouvé suffisamment de partenaires financiers intéressés par le projet : le Vlaams Audiovisueel Fonds, mais aussi des Fonds belges francophones, néerlandais et norvégiens. Entre-temps (N)iemand est déjà derrière moi et j’ai assez d’idées pour me mettre rapidement au travail sur quelque chose de neuf. Soyez rassuré, ou prévenu (rires), cette fois ça ne va pas durer des années.

Rosie et (N)iemand sont à tout égard radicalement différents. Par le ton, par le récit.
Il y a deux raisons à ça. Rosie était vraiment mon enfant, il est littéralement sorti de moi. Avec (N)iemand, j’ai bénéficié du regard du coscénariste, qui est également celui qui a imaginé l’histoire originale. Björn est un Norvégien, et j’ai trouvé fascinant de voir à quel point il a un humour pince-sans-rire, à quel point il pense de manière conceptuelle. C’est tout à fait différent de la façon dont moi je fonctionne. Je suis plutôt impulsive, lui se penche en arrière et peut réfléchir à l’histoire de manière très contemplative. Je pars des personnages tandis qu’il réfléchit en termes de lignes de récit et de métaphores. Ca crée un champ de tension très excitant qui m’a obligée à regarder au-delà de mon terrain familier.
Ce qui a joué aussi, c’est que je ne voulais absolument pas d’un “sequel” de Rosie. Ni au niveau de l’histoire, ni au niveau de la forme. J’ai lu dernièrement une citation de Pablo Picasso qui affirmait que le devoir de tout artiste est de se renouveler radicalement et de repousser ses limites. Je peux me retrouver dans ce point de vue, même si je crois qu’au-delà de toutes les quêtes thématiques et stylistiques il doit rester quelque chose de très personnel. Dans le monde de la publicité, on parlerait d’ADN artistique. Mais se répéter est si facile. Je défends toujours Rosie à 100%, mais j’espère qu’après l’avoir vu, ce film-ci vous restera également en tête longtemps, autrement. Rechercher les limites de mon langage cinématographique et collaborer avec des tempéraments différents comme celui de Bjørn Olaf m’a en tout cas beaucoup appris sur moi-même en tant qu’être humain et cinéaste.

Le thème est existentiel et douloureusement reconnaissable.
Confrontant  aussi. Pendant la pré-production, tout le monde réagissait de la même manière en prenant connaissance du synopsis : “Moi aussi j’ai fantasmé là-dessus, de commencer une vie nouvelle si une chose pareille s’avérait possible”. Enfin tous ceux qui avaient plus de trente ans (rires). Comment aborder ça? L’un fait sa crise de la quarantaine, l’autre apprend à vivre avec, et mon personnage principal sort tout simplement de sa vie, il le fait. Vous savez, ce que je trouve grave, ce n’est pas de vieillir, c’est d’avoir moins d’options. Le chemin se rétrécit. On prend davantage conscience de sa mortalité. On commence à se poser des questions. Alors, ce n’est que ça ? Pourquoi tout est-il si banal ? Comment ce serait si…? On est là, dans une belle maison, avec une femme fantastique ou un mari parfait, et voilà, c’est juste ça. D’après les normes et valeurs de la société, notre personnage a réussi sa vie. Mais Tomas désire plus, cherche une autre forme d’harmonie dans l’existence. Il veut revivre. C’est ce qui m’a tellement interpellée dans toute cette histoire, c’est pourquoi je voulais participer à l’écriture… sans doute pour voir ce que ça donne sans avoir à mettre ma propre vie sens dessus dessous (rires). Mais j’espère que ça marche aussi dans l’autre sens. Tomas acquiert sa liberté mais prend conscience du fait que son désir personnel est en contradiction avec le bonheur de ses proches. De plus, il ne trouve pas un nouveau bonheur, là où il le cherchait.
Je suis moi-même d’avis qu’il n’est pas toujours nécessaire de courir de l’autre côté de la colline pour trouver une solution à nos problèmes ou à une vie qui s’est encroûtée. Je précise que ceci n’est en aucun cas la morale explicite que je voudrais coller à cette histoire. Ça peut sembler vieux jeu, mais je ne trouve pas superflu de se dire de temps en temps que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Cela dit, il faut que ça continue à nous démanger. Le désir d’ « Autre chose » est un moteur important pour se remettre en question et se réinventer. Cette ambiguïté, c’est ce qui rend la chose si complexe et excitante, c’est ce qui nous fait faire des cabrioles à nous, les « midlife criminals ».

Vous avez retrouvé Frank Vercruyssen et Sara De Roo. Est-ce uniquement parce que ce sont des acteurs formidables et un casting parfait ou est-ce aussi affaire de confiance ? Comme R.W. Fassbinder qui retravaillait lui aussi toujours avec la même équipe ?
Je pense que l’élément de confiance a certainement joué. Je me sens bien avec Frank et Sara. Nous avons aussi accompli tout un parcours ensemble. Je sais ce qu’ils ont vécu pendant toutes ces années et ils en savent autant sur moi. Cela crée un énorme lien. Nous pouvons vraiment nous montrer honnêtes l’un avec l’autre sans que ça paraisse agressif ou bizarre. Un demi-mot suffit. Je comprends parfaitement pourquoi R.W. Fassbinder travaillait toujours avec le même groupe. Mais indépendamment de ça, Frank et Sara sont aussi d’excellents acteurs. Pour moi ils étaient le casting rêvé. Si j’avais cru qu’ils ne convenaient pas au film, je ne les aurais évidemment pas choisis.

Le personnage joué par Frank exige beaucoup du spectateur. Non seulement toute l’histoire tourne autour de cette seule décision égocentrique, ce qui rend impossible tout processus d’identification, mais son personnage lui-même, si récalcitrant, ne suscite pas directement beaucoup d’empathie…
Nous avons pris des risques, nous avons eu l’audace de ne pas faire de choix sages ou évidents. Nous avons consciemment cherché la limite jusqu’à laquelle peut aller un anti-héros. Je trouve ça excitant justement, et nécessaire aussi pour le troisième "chapitre" de l’histoire. C’est là qu’il tend à une prise de conscience ou à une purification, qui fait que, selon moi, on peut ressentir de la sympathie ou de la compréhension pour le choix qu’il a fait. Son jeu reste aussi tellement conséquent dans la sobriété que petit à petit ça en devient touchant.

Exactement. Un peu « dead pan » à la manière de Buster Keaton. Dans la scène d’ouverture, vous optez aussi délibérément avec Frank pour un ton comique pince-sans-rire. Une sorte de guide pour annoncer ce qui va suivre.
C’est comme des lunettes qu’on met, un préambule grâce auquel on comprend tout ce qui suit. Il n’est pas nécessaire d’être d’accord, mais on comprend bien son sentiment d’oppression. C’est aussi une scène d’une longueur exaspérante, qui met le récit en route lentement, comme un moteur diesel. On s’échauffe d’abord tranquillement pour atteindre son but à plein régime.

La photographie du film s’écarte de ce qu’on voit beaucoup au cinéma actuellement, et de celle que vous utilisiez aussi dans Rosie : le fait d’être tout près des personnages, à même la peau.
Absolument. On a opté consciemment pour une caméra plus fixe, ce qui colle à l’histoire froidement absurde. On en parlait souvent : "ça doit être d’une pièce". Pas seulement au niveau du scénario mais aussi dans la représentation, dans l’exécution. Pendant la préparation du film, j’ai revu des classiques comme Antonioni que j’admire énormément – sans toutefois vouloir me comparer au maître.

Vous choisissez de travailler par tableaux. De grands paysages ou des palmiers qui n’ont rien de paradisiaque…
C’est vrai. L’idée, c’était que les paysages aussi nous racontent quelque chose. Pas seulement de créer des drames en gros plan, mais de littéralement prendre de la distance. C’est en ce sens que Richard (van Oosterhout / directeur de la photographie) et moi voulions laisser l’espace et les paysages jouer un rôle dramatique. Les banlieues devaient évoquer d’autres associations que d’habitude, et un palmier pouvait avoir l’air aussi peu exotique que possible. Tout devait être à l’inverse de ce qui est d’usage.

Est-ce pour cette raison que vous avez intégré des scènes de rêve ? Vouliez-vous suggérer une sorte de monde parallèle ?
Très subtilement, j’espère. A cette époque, j’étais plongée dans la littérature de Murakami qui aborde aussi ces questions existentielles. Un homme va chercher sa femme et se trouve non seulement confronté à des situations étranges, mais atterrit de surcroît dans un monde métaphorique. Le lecteur se demande sans cesse si les choses sont vraies ou si elles symbolisent quelque chose. Ca m’interpelle énormément. Dans le film, je voulais que ces scènes se fondent l’une dans l’autre et qu’on ne sente pas qu’il s’agit d’un rêve ou si on bifurque vers un chemin de traverse surréel. Il s’agit d’une seule histoire mais elle n’est pas univoque. C’est aussi de cette manière que je considère le monde. Les images et les situations que j’imagine, je les trouve aussi vraies que la réalité. Mais dans le film ce sont également de petites excursions existentielles.
Il se trouve enfin quelqu’un pour définir le protagoniste : “Vous êtes un homme particulier” et qui constate qu’il vient de lui arriver quelque chose…
C’est ce que nous recherchons tous, une âme soeur à qui il suffit un regard pour nous percer à jour.
 
Interview de Jos Vandenbergh

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Générique

Patrice ToyeRéalisation
Bjorn Olaf JohannessenHistoire originale
Bjorn Olaf JohannessenScénario
Patrice ToyeEn collaboration avec
Franck VercruyssenCasting
Sara de Roo
Muzaffer Özdemir
Nicholas Beveney
Koen De Graeve
John ParishMusique originale
Nico LeunenMontage Image
Richard van OosterhoutImage
Jan DecaSon
Fred DemolderMontage Son
Emmanuel de BoissieuMixage
Vincent de PaterDécors
Margriet ProceeCostumes
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Festivals

Presented at the CineMart of the International Film Festival Rotterdam

Lauréat Sundance / NHK International Filmmaker Award 2006
Giornate Degli Autori - Venice Days
Festival des Films du Monde de Montréal
Sao Paulo International Film Festival
 

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Crédits

Producteurs Vincent Tavier, Philippe Kauffmann.
En coproduction avec Circe Films , Friland as , Tarantula Luxembourg.
Co-producteurs Stienette Bosklopper, Christian Fredrik Martin, Donato Rotunno.
Producteurs associés Bart Van Langendonck, Richard van Oosterhout, Patrice Toye.
Avec le soutien du Vlaams Audiovisueel Fonds , du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel de la Communauté française de Belgique , de Nederlands Fonds voor de Film , du Norsk Filmfond , du FONSPA , du Programme MEDIA de la Communauté Européenne , de ING Tax Shelter Productions SPRL , du Pôle Image de Liège.
Distribution Kinepolis Film Distribution.
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Site internet

http://www.niemand-themovie.com

 

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© Kris Dewitte, 2008
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